L'e-démocratie nous mène-t-elle vers la oui-démocratie ?
Des questions majeures ont été posées, réfléchies et débattues lors de cette conférence réunissant Thierry Vedel, chercheur CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po, et Richard Collin, enseignant à Grenoble Ecole de Management :
- Internet nous fait-il entrer dans une nouvelle ère de la communication politique ?
- La campagne Obama est-elle transposable en France ?
- Internet : créateur de liens ou vecteur de rupture ?
Internet fait entrer la communication politique dans une nouvelle ère. D’abord artisanale, localisée et très personnelle, la communication politique s’est standardisée avec l’émergence des grands partis de masse.Puis, à partir des années 60 et l’avènement de la télévision, elle s’est professionnalisée. On assiste alors à une rupture qui se traduit par une organisation des partis politiques « faits » pour gagner les élections.
La campagne d’Obama relève d’un modèle, introduit dès les années 90, de la « war-room » se traduisant par :
- un appareil de campagne centralisé et hiérarchisé,
- des relations offensives avec les médias. Les hommes politiques orientent et influencent de plus en plus la perception des messages.
- une approche ciblée et segmentée des électeurs. En effet, la campagne politique vise une partie de l’électorat et les circonscriptions qui peuvent faire « basculer » le résultat final. Le nombre de meetings et les campagnes publicitaires se concentrent sur ces territoires « incertains ».
- on assiste enfin à une personnalisation du débat électoral. La personnalité du candidat et sa capacité de leadership prévalent sur ses compétences « techniques ».
«L’Internet a été utilisé par Obama comme un outil interne et c’est là que réside l’originalité de sa campagne. Il est devenu l’ossature d’une machine électorale mieux coordonnée et moins coûteuse. Obama a fait, somme toute, une campagne électorale traditionnelle mais d’une efficacité redoutable ».
Mais la campagne Obama semble difficilement transposable en France où la communication politique y est davantage encadrée notamment avec le plafonnement des dépenses de communication politique, et l’interdiction de disposer de fichiers nominatifs relatifs aux opinions politiques et religieuses des citoyens. Or, ces fichiers ont joué un rôle déterminant dans la communication d’Obama : 1 milliard de mails envoyés, destinés à mobiliser et à contrôler journellement militants et bénévoles. De plus, le rôle des partis politiques est en France différent et prédominant dans les élections. A quelques exceptions près, les candidats ayant remportés l’élection présidentielle avaient tous, conquit avant tout, le leadership de leur parti politique.
Les citoyens aspirent à une nouvelle forme d’engagement politique. Ce « militantisme à la carte » se traduirait par une implication contractuelle à des causes dépassant très largement les clivages politiques comme celle du développement durable.
Dans ce cadre, Internet, cet outil « révolutionnaire » peut être tout à la fois créateur de liens, de réseaux mais également vecteur de rupture créant un fossé entre les citoyens les plus informés et les plus actifs et le reste de la population. « Il ne faudrait pas avoir d’un côté une "démocratie à basse intensité" insatisfaisante mais impliquant une grande partie des citoyens et de l’autre une "démocratie à haute intensité " avec un niveau important d’engagement mais réservée à certaines catégories de la population les mieux armées face à ces nouvelles technologies. »
Richard Collin et Thierry Vedel concluent sur une formule « la puissance des techniques ne doit pas suppléer à l’impuissance des êtres ». Les communicants publics et territoriaux ont un rôle fondamental à jouer. Ils doivent « activer les liens » et faire le relais entre l'action publique, les médias et les citoyens. Cela passe par une nécessaire simplification de la communication afin de disposer de référents communs pour le plus grand nombre de citoyens. L’échelle locale est, une nouvelle fois, incontournable parce qu’elle évite l’exclusion face aux nouvelles technologies d’information.
Retrouvez dès début 2010 les actes du Forum dans la médiathèque Cap'Com



Merci encore aux organisateurs de l'ooportunité offerte d'un nstimulant débat et à Thierry pour sas rigueur et sa clairvoyance.